Quand tout s’arrête (et que le corps panique)
Quand le corps, après avoir tenu trop longtemps, s’effondre d’un coup.
CHRONIQUES DU DEUIL
Mounia Hattab
1/20/20261 min read
Quand tout s’est arrêté,
je ne me suis pas reposée.
Je me suis figée.
Immobile.
Tétanisée.
Le corps incapable de faire un pas de plus.
Ce n’était pas une fatigue douce.
Ce n’était pas “prendre du recul”.
C’était une crise d’angoisse à ciel ouvert.
Tout est ressorti d’un coup.
La mort.
L’absence.
La peur.
La pression tenue pendant des semaines
sans jamais lâcher.
Je n’avais plus rien à faire,
alors le corps a tout rendu.
Le cœur qui s’emballe.
La respiration qui se bloque.
La sensation de danger
sans danger identifiable.
Je ne pouvais ni parler,
ni expliquer,
ni me lever.
Juste rester là,
coincée dans un corps
qui n’obéissait plus.
On ne dit pas assez ça :
le deuil ne s’arrête pas
quand les démarches sont finies.
C’est souvent là qu’il commence vraiment.
Quand il n’y a plus d’urgence extérieure,
le système nerveux, lui, s’effondre.
On appelle ça une crise d’angoisse.
Comme si c’était un détail.
Un truc passager.
En réalité, c’est le moment
où tout ce que tu as contenu
revient sans prévenir.
Je n’étais pas “fragile”.
Je n’étais pas “trop sensible”.
J’étais en état de survie
depuis trop longtemps.
Et quand le corps a compris
qu’il n’y avait plus rien à gérer,
il a lâché.
Brutalement.
Ce n’est pas un manque de force.
Ce n’est pas un échec.
C’est le prix à payer
quand on tient debout
alors qu’on aurait dû tomber plus tôt.
