L’isolement volontaire (ou l’art de disparaître poliment)
S’isoler, non pas par faiblesse, mais par instinct de survie.
CHRONIQUES DU DEUIL
1/21/20261 min read


À un moment, tu t’isoles.
Volontairement.
Pas parce que tu es fragile.
Parce que tu n’as plus l’énergie de faire semblant d’aller bien
pour rassurer des gens qui ont besoin que tu ailles mieux
plus vite que toi.
Tu arrêtes de répondre.
Pas par méchanceté.
Par économie.
Chaque message est une négociation.
Chaque appel, une performance.
Chaque “comment tu vas ?” exige une réponse socialement acceptable.
Alors tu choisis le silence.
Tu dis :
on se rappelle.
je te tiens au courant.
je te fais un message.
Mensonges élégants.
Mensonges de survie.
Ce n’est pas que tu n’as rien à dire.
C’est que ce que tu as à dire
n’entre pas dans une conversation de dix minutes
entre deux courses et un café tiède.
Tu n’as pas envie d’expliquer
que tu vas mal différemment chaque jour.
Que ce n’est ni linéaire,
ni pédagogique.
Tu n’as surtout pas envie
d’entendre les phrases automatiques :
— le temps fait son travail
— il aurait voulu te voir heureuse
— tu es forte
Merci.
Mais non.
Alors tu te retires.
Tu restes chez toi.
Allongée.
Devant une série que tu ne regardes pas vraiment.
Ou un film que tu as déjà vu,
parce qu’il ne te demandera rien de nouveau.
Tu vides ton esprit
comme on éteint une pièce trop lumineuse.
Tu préfères cette solitude-là
à la compagnie mal ajustée.
Parce qu’au moins,
seule,
tu n’as rien à prouver.
Tu n’as pas à sourire.
Tu n’as pas à rassurer.
Tu n’as pas à être “dans le bon cheminement”.
Tu peux être plate.
Fatiguée.
Vide.
En pause.
Les gens appellent ça de l’isolement.
Comme si c’était une pathologie.
En réalité,
c’est un filtre.
Tu mets à distance ce qui te coûte
pour garder le peu d’énergie
nécessaire à continuer à respirer.
Et non,
tu ne te refermes pas.
Tu te protèges.
Ce n’est pas antisocial.
C’est antidébordement.
Tu reviendras.
Plus tard.
Autrement.
Ou pas.
Et ce sera très bien comme ça.
